Pilote de guerre – L’engagement singulier de Saint-Exupéry

Pilote de guerre 

L’engagement singulier de Saint-Exupéry

suivi de fragments de textes inédits d’Antoine de Saint-Exupéry
Actes du colloque de Saint-Maurice-de-Rémens
28 et 29 juin 2012

Écrit aux États-Unis en 1941 où Antoine de Saint-Exupéry cherchait à convaincre les Américains de s’engager dans le conflit, Pilote de guerre est publié avec grand succès à New York le 20 février 1942 puis en France occupée le 14 décembre 1942 – où il sera rapidement retiré de la vente par les autorités allemandes. Lire la suite

Louise de Vilmorin, dite Loulou (1902-1969)

Louise de Vilmorin, dite Loulou (1902-1969)

Née le 4 avril 1902 Louise de Vilmorin est le deuxième enfant d’une riche famille de grenetiers qui en aura six. Elle grandit avec ses frères et sa sœur dans le château familial de Verrière-le-Buisson, dans la vallée de la Chevreuse, à une dizaine de kilomètres de Paris. Là, elle ne manque de rien si ce n’est de l’affection de ses parents qui habitent Paris où ils recevaient dans leur salon les hommes politiques importants du moment tels Edouard Herriot ou Paul Painlevé. Lire la suite

Lettre à Loulou, Perpignan, 1933

Lettre à Loulou, Perpignan, [novembre 1933]

Loulou chérie je reçois aujourd’hui tes lettres du 5 et 11 mars, avec une émotion infinie. Je n’as reçu signe de vie de toi depuis ton départ. J’avais tout arrangé après le départ d’Y. pour les lettres, et rien jamais ne venait. Et j’avais tellement peur de te déranger de ton silence si tu préférais te taire. C’est si dur de recevoir une lettre qui n’est qu’une réponse un peu lassée. Mais ta présence vient de naître en moi tout fraîche et miraculeuse. Que je te remercie ! Lire la suite

Les images interposées : le démoniaque et le paradisiaque dans Pilote de Guerre 6/6

Conclusion : les images interposées

Antoine de Saint-Exupéry faisait partie du Groupe de Reconaissance 2/33, qui était chargé d’effectuer des missions de reconnaissance dangeureuses afin de photographier le mouvement de l’ennemi dans les territoires occupés. Cet écrivain français voulait vraiment une France libre et unie, mais, en désaccord avec l’armistice de 1940, lorsque le général Pétain prend la tête du gouvernement collaborationniste de Vichy, il décide de s’exiler aux États-Unis.

Depuis le début de sa mission, Saint-Exupéry affirmait que c’était un sacrifiée, puisque l’armée française était inférieure à l’armée allemande, non seulement en quantité mais aussi en équipements et munitions, ce qui en faisait des cibles faciles pour les Allemands. Il avoue plusieurs fois que les renseignements obtenus par son groupe ne seront jamais transmis à personne: “Je vous demande un peu s’il est sensé de sacrifier un équipage pour des renseignements dont personne n’a besoin et qui, si l’un de nous est encore en vie pour les rapporter, ne seront jamais transmis à personne”. (p.125) Lire la suite

Hâtons-nous de rêver – Louise de Vilmorin

« Antoine de Saint-Exupéry »
par Louise de Vilmorin
article paru dans le journal Carrefour en 1944

Hâtons-nous de rêver car voici que se dresse
L’ombre qui vers midi campe au revers des monts.

« Hâtons-nous de rêver… » Ainsi débute un poème qu’Antoine de Saint-Exupéry écrivait à vingt ans. À l’âge où l’on accepte tout, même le miracle de la présence, sans discernement ni surprise, il nous apparaissait fort, d’une expérience ancienne dont il suivait les lois.

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Les images interposées : le démoniaque et le paradisiaque dans Pilote de Guerre 5/6

Images apocalyptiques: dans le territoire bleu de l’enfance [2]

Dans les passages où le narrateur situe son ancienne gouvernante devenue son interlocutrice, le rythme de la narration paraît modifié : malgré la vitesse de l’avion et des tirs, il sent la tranquillité d’un ciel qui est au-dessus des attaques, d’un ciel qui semble être pris de ses souvenirs d’enfance. Et cela peut être observé par les phrases courtes, les points d’exclamation, les points de suspensions et par les mots qui nous renvoient à un regard plus contemplatif : “merveilleusement, extraordinaire, profond”. Lire la suite

Panorama de la critique exupérienne 6/6

En guise de conclusion (provisoire)…

Au terme de ce panorama critique, de cette critique de la critique, nous espérons avoir montré la vitalité retrouvée de la critique et le foisonnement des axes de recherche des études exupériennes – foisonnement qui n’est que le reflet de la richesse de l’œuvre exupérienne. Lire la suite

Les images interposées : le démoniaque et le paradisiaque dans Pilote de Guerre 4/6

Images apocalyptiques: dans le territoire bleu de l’enfance [1]

Si, d’une part, le narrateur de Pilote de Guerre dispose de nombreuses images démoniaques, nous observons aussi que, pour lui, le surgissement des images apocalyptiques semble être la seule possibilité d’évasion de la guerre. Antoine de Saint-Exupéry prend un regard rétrospectif, puisque, contrairement aux images chaotiques, il cherche les images du monde idéal dans le territoire de son enfance : “Je remontais dans ma mémoire jusqu’à l’enfance pour retrouver le sentiment d’une protection souveraine.” (p.186). Lire la suite

Panorama de la critique exupérienne 5/6

IV / Le renouveau critique

La critique génétique

À la différence du structuralisme dont elle provient, la critique génétique brise la clôture du texte sur lui-même. Elle consiste en effet en un travail sur les manuscrits, les brouillons, les avant-textes, bref elle opère un déplacement de l’objet d’étude et ne s’intéresse pas tant au texte publié qu’aux documents préparatoires qui ont permis son élaboration : elle révèle ainsi le travail créateur de l’écrivain. Celle-ci n’a donc pas pour seul but d’établir les différentes variantes ou de découvrir les inédits, mais recèle également une visée herméneutique : à travers l’étude du travail de l’auteur, elle cherche à en éclairer les enjeux esthétiques et revient au texte même. Lire la suite

Panorama de la critique exupérienne 4/6

III / La critique structuraliste

La révolution structuraliste marque une rupture dans l’approche de l’œuvre, dans la mesure où, après que Barthes l’a assassiné en proclamant La mort de l’auteur, il ne reste que le texte à étudier, indépendamment de la vie de l’auteur : « qu’importe qui parle » (Foucault).
Pour radicale qu’elle soit, la perspective structuraliste a eu au moins le mérite d’aborder l’oeuvre de Saint Exupéry d’un point de vue littéraire, puisqu’il n’apparaissait plus possible à l’époque de tenir un discours sur l’auteur (dans les années 1970). Lire la suite