Les images interposées : le démoniaque et le paradisiaque dans Pilote de Guerre 6/6

Conclusion : les images interposées

Antoine de Saint-Exupéry faisait partie du Groupe de Reconaissance 2/33, qui était chargé d’effectuer des missions de reconnaissance dangeureuses afin de photographier le mouvement de l’ennemi dans les territoires occupés. Cet écrivain français voulait vraiment une France libre et unie, mais, en désaccord avec l’armistice de 1940, lorsque le général Pétain prend la tête du gouvernement collaborationniste de Vichy, il décide de s’exiler aux États-Unis.

Depuis le début de sa mission, Saint-Exupéry affirmait que c’était un sacrifiée, puisque l’armée française était inférieure à l’armée allemande, non seulement en quantité mais aussi en équipements et munitions, ce qui en faisait des cibles faciles pour les Allemands. Il avoue plusieurs fois que les renseignements obtenus par son groupe ne seront jamais transmis à personne: “Je vous demande un peu s’il est sensé de sacrifier un équipage pour des renseignements dont personne n’a besoin et qui, si l’un de nous est encore en vie pour les rapporter, ne seront jamais transmis à personne”. (p.125)

Le livre Pilote de guerre est écrit seulement en 1942, aux États-Unis, deux ans après la mission dont il est question dans le livre. Pour cette raison, peut-être, cette œuvre  est-elle une tentative de faire reconnaître d’un travail qui n’avait pas été suffisamment apprécié par les autorités de l’époque.

Ainsi, en utilisant des images démoniaques et apocalyptiques, le narrateur semble construire pour le lecteur des photographies probablement ignorées et peu explorées, lesquelles ont été prises par ses camarades quand il pilotait l’avion. Ces possibles “photographies” qu’il semble “développer” sont présentées à partir de deux perspectives qui s’entrecroisent tout au long du livre. Autrement dit, elles sont tantôt celles d’un adulte qui décrit les images de l’enfer existentiel de la guerre, tantôt celles d’un pilote-poète qui, en haut, est capable de trouver des images d’un paradis, même perdu, celui des souvenirs d’enfance.

Bref, à considérer les aspects apocalyptiques et démoniaques de Pilote de guerre dans l’esprit de Frye, il apparaît que celles-ci sont pertinentes pour une analyse critique rigoureuse, ce qui donne son rang à une oeuvre littéraire dont il est évident qu’il serait inapproprié de la situer dans la categorie du “simplement  historique”.

Références Bibliographiques

SAINT-EXUPÉRY, Antoine de. Œuvres  Complètes I et II. France, Éditions Gallimard, 1994 et 1999 ( Bibliothèque de la Pléiade). Oeuvres Complètes II. France: Éditions Gallimard, 1999. (Bibliothèque de la Pléiade)
Pilote de Guerre. in : SAINT-EXUPÉRY, Antoine de. Œuvres Complètes II. France : Éditions Gallimard, 1999. (Bibliothèque de la Pléiade)
FRYE, Northrop. Anatomia da Crítica. São Paulo, Editora Cultrix, 1973.
GALEMBERT, Laurent de Bodin de. Le sacré et son expression chez Antoine de Saint-Exupéry. Thèse (doctorat). Université Paris IV – La Sorbonne, 2006.
WEBSTER, Paul. Saint-Exupéry : vida e morte do Pequeno Príncipe. Tradução de Cláudia Shilling. São Paulo, Marco Zero, 1994.

 

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