Les images interposées : le démoniaque et le paradisiaque dans Pilote de Guerre 3/6

Images démoniaques : le rouge chaotique de la guerre [2]
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Il est intéressant de noter le rôle de l’eau dans la composition de ce scénario : elle perd sa clarté naturelle et se change en boue, soulignant la condition de terre abandonnée et inhabitable : “Et l’eau, qui était captée par la soif, ou pour le blanchissage des belles dentelles du dimanche des villageoises, se répand en mare devant l’église.” (p.116).

L’eau en mouvement qui mantenait la vie dans ce village, non seulement pour étancher la soif de la population, mais aussi pour founir des moments de joie, devient en l’eau stagnante, symbole de la mort. Il y a donc contraste entre la blancheur d’un tissu si noble, traditionnellement utilisé le dimanche par les jeunes filles afin d’aller à l’église, et la couleur trouble de la vase.

Tout au long de son texte, le narrateur reprend l’image de la boue : “patauger dans leur boue” (p.162), “digestion par la glaise” (p.162), “fleuve de boue” (p.163), “des routes noires de l’interminable sirop qui n’en finit plus de couler” (p.162), “l’égout commun” (p.169), “territoires fangeux où la terre et l’eau se confondent” (p.172). Dans ce milieu immonde et désolant les hommes apparaissent misérables, comparés à des animaux méprisables, lesquels avancent en essayant d’échapper à une situation désespérée.

Maintenant, sous une nouvelle perspective, non plus à l’intérieur de l’avion, le narrateur entre en contact avec la caravane et il marche au côté des certains paysans. À partir de cette expérience, il raconte d’autres épisodes, comme l’homme qui mendiait le lait pour son enfant de six mois, parce que le bébé n’avait rien mangé depuis le jour précédent, ou le cas d’un homme désespéré qui cherchait un médecin pour sa femme, car elle était enceinte. C’est comme s’il avait une caméra à la main et s’approchait pour enregistrer les détails de ces événements, lesquels ne peuvent pas être vus d’en haut.

En face de telles situations, nous rencontrons œil  sensible d’un narrateur qui capte les souffrances de ceux qui autrefois, vus d’en haut, lui apparaissaient comme des créatures méprisables. Par conséquent, nous pouvons enregistrer les deux points de vue qu’il a sur la même situation, étant donné que le narrateur nous révèle le même événement à travers les yeux de quelqu’un qui survole le lieu et par les yeux d’un combattant qui chemine avec des individus.

En outre, dans cette oeuvre nous pouvons constater une autre image qui configure l’univers diabolique : celle de la “direction perdue”. Sous le coup du désespoir, les gens quittent leurs maisons sans savoir avec certitude où ils vont : “un exode prodigieusement inutile, vers le néant.” (p.170).

Enfin, la dernière caractéristique de l’univers démoniaque indiquée par Frye est celle des images ignées, à savoir le monde de feu comme le monde de démons malins, comme les feux-follets, ou encore comme l’exemple de la destruction de Sodome, qui fut brûlée. Donc, nous pouvons associer cette caractéristique à Pilote de Guerre, puisque cette œuvre  consacre plusieurs pages à décrire la ville d’Arras en flammes.

Frye invoque l’image de feux follets, une sorte de combustion spontanée de gaz des marais résultant de la décomposition des êtres vivants : plantes et animaux de l’environnement. De même, le narrateur déclare que le feu qui consume la ville française est alimenté par la désintegration de ce que les hommes ont mis si longtemps à édifier :

La flamme d’Arras luit rouge sombre, comme un fer sur l’enclume, cette flame d’Arras bien instalée sur des réserves souterraines, par où la sueur des hommes, l’invention des hommes, l’art des hommes, les souvenirs et le patrimoine des hommes, nouant leur ascension dans cette chevelure, se changent en brûlure qu’emporte le vent. (p.195)

Une fois de plus, le narrateur recourt à la répetition du mot “homme”, justement afin de signaler que la flamme qui consume Arras est maintenue par la décomposition du travail effectué par l’être humain. Nous pouvons aussi souligner les substantifs abstraits employés dans ce fragment, pour montrer qu’il n’y a pas seulement la destruction de biens matériels, mais surtout la désintégration progressive de l’héritage culturel de la communauté.

D’ailleurs, la description de la couleur rouge sombre est très symbolique dans le texte, vu que le narrateur voit la terre comme un enfer en flammes qui contraste avec le bleu du ciel où il vole : “Arras n’est rien d’autre qu’une mèche rouge sur fond bleu de nuit.” (p.184).

Bref, les images démoniaques du livre révèlent l’état chotique au début de la Seconde Guerre, un vrai enfer dans le pays. Cependant, au milieu du carmin du sang et de la déstruction, surgit le bleu celeste, d’où émanent les images apocalyptiques.

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