Tina, un chapitre inachevé (3/3)

Certains dirons que notre écrivain-aviateur avait une tendance à idéaliser le passé et que cette lettre ne serait qu’une démonstration de cette tendance. Mais si nous analysons objectivement sa carrière de pilote civil, nous pourrons constater que la nostalgie que Saint-Exupéry exprime dans cet écrit n’a rien à voir avec une idéalisation sinon qu’elle surgit d’une constatation réelle de sa situation professionnelle.

Nous, les Argentins, n’oublions pas que nous avons eu l’honneur de compter dans notre histoire sur l’expérience et le savoir-faire de tous ces grands pilotes de l’Aéropostale, dont Antoine de Saint-Exupéry. Et d’après ce que nous venons de lire dans cette lettre, nous savons que Saint-Exupéry n’avait pas non plus oublié la période argentine qui compte parmi les plus fécondes de sa vie. Son talent d’écrivain transparaît dans chaque phrase de cette lettre et nous touche profondément.

Lorsque j’ai lu cette lettre à mon ami Sébastien, il a retenu un autre passage, celui où Saint-Exupéry avoue ne pas pouvoir ouvrir les lettres de ses amis argentins et il rajoute :

Si un homme aime sans espoir une femme très belle il doit, pour vivre en paix, déchirer ses photographies… c’est un peu ce que je faisais.« 

Quand Sébastien a entendu cette phrase, il m’a dit : tu vois ? Il compare l’Argentine avec une femme. J’avoue que je n’y avais pas pensé. Et alors tout de suite le prénom de Tina est venu dans ma mémoire, d’abord parce que c’est celui de ma mère et ensuite parce que c’est le raccourci du nom de mon pays. Donc, tout de suite, je l’ai pris comme titre de cet article (dans le passé, Argentina était également employé comme un prénom de femme ; aujourd’hui il est tombé en désuétude).

Tina est aussi le nom d’une très belle composition du grand Duke Ellington dediée à notre pays. Il s’agit d’une mélodie très douce et intime.
 Je ne saurai pas vous expliquer pourquoi, mais en relisant cette lettre, cette mélodie est revenue tout le temps dans mon esprit, peut-être parce qu’elle réveille une “douce mélancolie” comme celle que Saint-Ex nous avoue dans cette lettre et que la fin de la mélodie appelle un autre accord, comme si elle était inachévée. Je voudrais partager avec vous ce beau morceau. Elle a été publiée dans le CD Latin American Suite.

Prof. Clara Rivero, Tina, un chapitre inachevé (3/3), FIN

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